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 Le capitalisme, voilà l'ennemi. -complet-

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Rutherford Klive
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AUTRES COMPTES : Oswald Popkiss, le policier pris en otage par Hélios.
liens utiles : Le capitalisme, voilà l'ennemi ! Nous autres communistes vaincrons. Vous ne le savez pas encore, mais nous prendrons un jour le pouvoir aux États-Unis.
Les prolétaires au pouvoir, moi, je ne suis qu'un simple ouvrier, mais si nous nous allions, nous pourrons déstabiliser le monde.
employé(e) de freisler industries
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Le capitalisme, voilà l'ennemi. -complet- rédigé Mar 28 Avr - 23:06


Rutherford Klive
―― informations basiques ――
——— attaque ———
★★★★★★★★★★



——— défense ———
★★★★★★★★★★



——— popularité ———
★★★★★★★★★★



——— controle ———
★★★★★★★★★★
NOM - Klive. C'est très laid, nous sommes tous d'accord.
PRÉNOM - Rutherford. Encore plus laid, si c'est possible.
SURNOM - Il y en a toute une flopée : Ruth, Luther Ford, imbécile, sagouin, le pitre, connard... en ce moment, offre exceptionnelle : pour tout nouveau surnom attribué, Rutherford vous paie sa tournée.
AGE - Dix-huit ans... bon, en fait, vingt-cinq ans, mais tout le monde le croit lorsqu'il affirme avoir dix-huit.
NÉ(E) LE – Neuf juin mille neuf cent trente-huit (vous devez l'écrire en toutes lettres, il insiste).
NATIONALITÉ - Américain. Il n'a même pas d'origines étrangères, rendez-vous compte... c'est un WASP. Quelle honte.
ORIENTATION SEXUELLE – Purement et simplement hétéro. S'il change d'orientation, c'est qu'il a une idée derrière la tête.
SITUATION FINANCIÈRE – Précaire, puisque c'est un ouvrier, mais pour être honnête, Rutherford se moque complètement de l'argent. Il préfère le dilapider plutôt que de le faire fructifier à la banque.
SITUATION MARITALE - Éternel célibataire, mais au moins, il a quitté le cocon familial, c'est déjà cela.


GROUPE DESIRE – FREISLER INDUSTRIES.
RÔLE/POSTE/METIER - Monsieur est un prolétaire, oui, monsieur travaille à la chaîne à l'usine. Il n'est pas toujours assidu, d'ailleurs, préférant souvent participer à des réunions politiques plutôt que d'aller travailler. Pire encore, Rutherford veut inciter ses collègues à faire la révolution sociale. Difficile cependant de se débarrasser de lui : Rutherford est syndiqué et connaît très bien la législation du travail...


POUVOIR - Ne consomme pas encore d'hydre, mais peut-être un jour...
―― qui suis-je ――
HISTOIRE RÉSUMÉE -  [Version complète dans le message suivant]
Rutherford est né et a grandi dans le Texas dans une famille ultra-croyante et raciste. En grandissant, il s'écarte peu à peu des principes qui lui ont été inculqués. À partir de l'âge de seize ans, il commence à affronter régulièrement ses parents et à remettre en cause leurs valeurs morales. En parallèle, il s'engage pour la paix, pour le communisme et pour l'égalité, moins par conviction profonde dans la plupart des cas que par envie de provoquer.
Sa vie bascule lorsqu'il a dix-huit ans. Il se met en couple avec son meilleur ami, Charles, pour faire évoluer les mentalités. Cela déplaît si fortement à ses parents que ses parents le mettent à la porte. Toutefois, Rutherford décide d'entrer dans la vie active. À court de possibilité dans le Texas, il décide de parler pour la ville de tous les vices, au grand désarroi de Charles qui veut continuer à militer sur place.
Rutherford y devient un ouvrier dans l'industrie automobile, engagé en politique qui plus est. Mais il devient également un trouble-fête, dont la seule envie est de se faire connaître, et le seul objectif de déranger.
MORAL - Avis recueillis sur Rutherford Klive sur un panel représentatif de personnes.

« Rutherford ? Méfiez-vous de ce garçon, il ne vous apportera que des ennuis. Rien que le mois dernier, il a cassé tous mes pots de fleur, il m'a fait envoyer une remorque pleine de sable du désert, et il est même rentré avec sa voiture dans ma façade. Et ce ne sont même pas les pires problèmes qu'il m'a posés ! »  (Une dame furieuse)

« Ce salaud ! L'autre jour, il m'a escroqué de dix mille dollars, j'ai rien vu venir. Si j'lattrape, il va passer un mauvais quart d'heure, foi de Jeannot ! » (Un passant pacifique)

« [Compte tenu de la vulgarité de ce témoigne, la rédaction a préféré ne pas retranscrire ces paroles et en profite pour vous faire la publicité du thé oolong, idéal pour décompresser après une journée de dur labeur.] » (Un grand ami de Rutherford, sans doute)

Rutherford est bavard. Très bavard. Il semble incapable de se taire, même lorsque la situation l'exigerait, et supporter son interminable laïus relève de l'exploit, malheureusement pas encore reconnu à sa juste valeur. Tous les sujets possibles et imaginables sont ses sujets de prédilection, même les plus polémiques, même ceux où il n'y connaît strictement rien. L'important pour lui, c'est de s'entendre parler. Il est non seulement énergique, mais aussi dynamique, si bien qu'il ne s'arrête jamais. Rutherford a le chic pour vous pousser à bout. Il sait exactement quelles sont vos cordes sensibles et n'hésite pas à tirer dessus pour vous faire mal. D'ailleurs, il semble bien décidé à en faire son métier.
Rutherford est un anti-conformiste de première. Il veut être scandaleux, et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il triche sur son âge. Scandaleux, audacieux, anarchiste ou communiste, on ne sait pas trop ce qu'il pense vraiment ou ce en quoi il croit, mais une chose est sûre : il veut faire parler de lui, et pour cela, il est prêt à tous les excès pour y arriver. Il est au bas de la hiérarchie : et alors ? Il trouve cela d'autant mieux : quel intérêt si l'on tient sa célébrité de sa richesse ? Il sera donc le trouble-fête idéal, et si vous lui faites sentir qu'il vous énerve, il jubile. C'est ainsi qu'il se sent exister.
TAILLE - Petit, à peu près un mètre cinquante-cinq.
POIDS - Soixante kilos, c'est un poids idéal.
CORPULENCE - Tout à fait normale.
CHEVEUX - Très blonds.
PEAU - Carnation claire.
YEUX - Bleu-gris.
STYLE - Tous les styles vont à Rutherford, voyons.
PARTICULARITÉ - Paraît plus jeune que son âge.
feat. Miwa Taishi ; Cardfight!! Vanguard

J'aime les histoires longues. Mes cours d'histoire contemporaine ont enfin servi à quelque chose.

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Rutherford Klive
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Re: Le capitalisme, voilà l'ennemi. -complet- rédigé Jeu 30 Avr - 23:07


Histoire complète

« Ah ah ah. »
Ruth repose son verre, hilare. Hilarité liquide qui coule dans sa gorge et se répand dans son sang, dans toutes les cellules de son corps. Si je lui demandais comment il se sent, il m'aurait répondu qu'il est profondément heureux. Il ne sait plus ce qu'il dit, d'ailleurs, Ruth ne parle pas vraiment : il se contente de rire, insouciant, presque inconscient de son environnement - il sait encore commander une bouteille de plus. Et il n'est pas le seul à rire : autour de lui, les hommes rient encore plus fort. Les paris sont ouverts : combien de verres ce petit bonhomme blond va réussir à engloutir ? Ruth affirme : un de plus. On le lui sert, il le boit, avec de plus en plus de difficultés, mais il le boit quand même, puis se met à rire de plus en fort. Des billets s'échangent, de la main de ceux qui doutaient à la main de ceux qui misaient sur le bon cheval. « Encore ? » Ruth acquiesce, mais il est de plus en plus rouge. D'ici peu, il va succomber.
Un triste sire met fin à la petite fête. Entrant dans le bar, claquant la porte pour marquer son mécontentement, sa rage est clairement perceptible. Mais tous sont trop imbibés d'alcool pour se rendre compte du danger qu'il représente. Sa seule arme, c'est sa parole.
« Mais... qu'est-ce que vous faites à mon fils ? » s'exclame-t-il, après avoir repéré dans la foule le petit blond qu'il recherchait.
La plupart ricanent, ne semblent pas comprendre ce qui se passe. Ou alors ils n'y accordent aucune importance. Ils transgressent la loi. Et alors ? La Prohibition est finie depuis longtemps. Boire de l'alcool n'est pas strictement illégal. C'est ce qu'ils font à côté qui le sont. Mais si leur réaction est compréhensible, celle de Ruth est abominable. Il regarde son père, le reconnaît après un petit moment d'absence où il voyageait dans des terres alcoolisées, puis comprend ce qui se passe. Désinhibé, il ne ressent aucune gêne à rire à gorges déployées, puis à l'ignorer en demandant une autre bouteille d'une voix pâteuse. Mais le père, s'il est énervé, ne s'adresse pas à lui : il aura tout le temps de foutre une sacrée raclée à Ruth quand il aura décuvé. En attendant, il jette des regards flamboyants aux camarades de beuverie du garçon, même s'ils n'impressionnent pas vraiment.
« Vous êtes irresponsables ! Ruth n'a que seize ans, et vous le faites déjà boire comme un trou, vous devriez avoir honte. »
Nouveaux ricanements. Qu'est-ce qu'il fout là, le père Klive, ce puritain ? Ils rajoutent : pas étonnant que le gosse cherche à s'éloigner de son environnement familial, ces gens sont intenables. Ils sont persuadés que la Terre est au centre de l'univers et que Darwin est un affabulateur qui n'avait pour seul objectif que de remettre en cause la toute puissance de la sainte église. Ils veulent que leur fils Rutherford soit aussi coincé qu'eux, mais à son âge, les envies sont différentes des désirs des parents. Il rêve de découverte, d'aventure même, il veut juste qu'on lui foute la paix, et qu'on le laisse libre - enfin, qu'on lui donne l'impression d'être libre, puisque Ruth pense que la société capitaliste nous asservit. Qu'on soit d'accord ou pas avec Ruth, au moins, on sait qu'il a raison de rejeter son éducation puritaine.
Le père sait qu'il ne tirera rien de ces ivrognes. Il a beau leur crier dessus pour leur faire prendre conscience de leur bêtise, cela ne servira   à rien. D'abord, parce qu'ils sont trop imbibés d'alcool pour comprendre autre chose que les insultes vulgaires. Ensuite, parce qu'ils sont la lie de la société - s'il déteste le mot prolétaire pour ces implications socio-politiques, il trouve que ce terme devrait être utilisé sans modération pour de tels déchets. Enfin parce qu'ils manquent d'éducation - sous-entendu religieuse. Sinon, comment pourraient-ils gâcher aussi misérablement leur vie alors qu'ils pourraient vivre plus confortablement, en attendant leur mort. Non, décidément, ces hommes ne sont pas prédestinés, Klive senior en est certain. Dieu ne pourra pas accepter cela.
Il oublie les ricanements et les moqueries. Sans faire mine d'être affecté par ce qui se disait, il se dirige droit vers son fils, qui fait mine de lui tourner le dos, l'attrape l'oreille pour la tordre - effet réussi : Ruth pousse un gémissement de douleur où l'effet de l'alcool se fait encore entendre -, puis tire assez fort pour pousser Ruth à le suivre. Le garçon a encore peut-être un brin de jugeote, parce qu'il se laisse faire, mais plus probablement, il n'a plus la force de résister. Le père est hué, le fils est acclamé, et le barman fait savoir que le père devra payer les consommations du fils s'il ne veut pas avoir d'ennuis.

Il ne pouvait rien tirer de Ruth dans cet état : le garçon semblait dormir debout, et sa démarche était si peu assurée qu'il avait été obligé de soutenir son fils pour éviter de le voir tomber. Il attendrait donc son réveil pour pouvoir le gronder comme il fallait.
Ruth était allongé dans son lit, atteint d'une splendide gueule de bois qui lui donnait envie de retourner immédiatement dans les bras de Morphée. Son père avait eu la gentillesse de lui laisser une bouteille d'eau, qu'il vida entièrement sans sentir sa soif pour autant apaisée. Il faudrait encore quelques heures avant d'éliminer les derniers restes d'alcool. Pour Ruth, ça semblait être une durée interminable - il avait envie de mourir.
Pire encore, son père venait d'apparaître à la porte de la chambre. Rien qu'à sa tête, Ruth voyait bien qu'il allait passer un sale quart d'heure. Heureusement, il se sentait si mal que la perspective d'être grondé lui paraissait vraiment anodine.
Ruth s'attendait à un torrent d'insultes, mais son père se contenta d'être très bref. En un sens, c'était pire, parce que ça ne lui ressemblait pas vraiment. Il adorait critiquer et faire sentir aux autres qu'il était moralement meilleur qu'eux.
« Imbécile. Aller se saouler avec ces plébéiens en pleine après-midi. Tu ne réfléchis donc jamais. »
Ruth eut un faible sourire. Il n'avait pas la force de réfléchir, actuellement. Et il n'était pas certain de pouvoir encore utiliser sa voix.
« Je te rappelle que tu as un avenir ! continua le père en haussant le ton. Un avenir prometteur dans l'armée, où tu deviendras un brillant jeune officier et où tu feras la fierté de tes parents. Mais pour cela, encore faut-il que tu te comportes raisonnablement, ce qui n'est pas ton cas. Tu persistes à vouloir accumuler les bêtises, et je ne comprends pas pourquoi...
- Parce que... réussit à croasser Ruth au prix d'un effort considérable, avant d'être brutalement coupé.
- Inutile. Je ne veux pas savoir ce que tu as dans la tête. Certainement pas des choses très saines, en tout cas. »
Le sermon était terminé. Cela avait été plus rapide que prévu, mais pour Ruth, il avait semblé duré une éternité. Il hocha à peine la tête, comme s'il était d'accord, mais ne prit pas la peine d'en faire plus. Il en était incapable.
Il entendit un bruit étouffé, tandis que son lit prenait du poids. Son père venait de lui jeter une bouteille.
« Tiens, ça t'aidera à te sentir mieux. Tu pourras manger ce soir, mais à partir de demain, tu feras pénitence. Et à la prochaine incartade, je te jette dehors. Compris ? »
Ruth répondit quelque chose qui ressemblait à un ouaaaaaais, mais qui n'en était pas vraiment un. Son père ferma la porte à clé et s'éloigna immédiatement pour rejoindre son bureau. Enfermé. Le pompon. Ruth se cacha les yeux avec son bras. D'ailleurs, il en connaissait beaucoup sur les cuites, son père. Étrange, pour un puritain.
Il ne but plus jamais d'alcool.

Rutherford avait grandi dans un petite ville du nord du Texas, au sein d'une famille se réclamant d'un puritanisme avancé. Ils se retrouvaient bien dans le terme de Bible Belt. Le conservatisme et le respect des traditions faisaient partie des incontournables de la famille. Très jeune, Rutherford avait été élevé selon ces principes. Tout ce que la Bible disait était strictement vrai. Il fallait maintenir une pratique religieuse intensive pour éviter de se faire corrompre par les idées du siècle. L'égalité des hommes était un mensonge : tout le monde savait bien que ce n'est pas le cas. La famille Klive avait été esclavagiste lorsque l'esclavage était encore légal, et elle conservait un souvenir attendri de cette période, quand bien même aucun membre de la famille actuelle n'était là pour en témoigner. Parce qu'elle ne pouvait exploiter les Noirs et autres minorités n'appartenant pas au groupe bien pensant des WASP, la famille entretenait un racisme avéré et défendait fermement la ségrégation.
Lorsqu'il avait commencé à s'opposer à sa famille, c'était logiquement cette voie qu'il avait choisie : s'opposer à la ségrégation. Il fallait dire que le climat des années 50 et 60 se prêtait bien à ce genre de revendication. Rutherford s'était donc mis à avoir des amis noirs. Il s'était rendu compte que tous les préjugés que sa famille avait soigneusement voulu planter dans son esprit étaient faux : ils étaient justes des hommes comme les autres.
Remettre en cause l'éducation que ses parents lui avaient donnée, cela, tout le monde s'accordait à dire que c'était une bonne chose. Rutherford évite de parler de ce passé à des personnes qui viennent de coins plus libéraux des États-Unis : il a l'impression qu'on ne le croira pas. S'il comprend à présent à quel point cette pensée était dangereuse, lorsqu'il était encore sous l'emprise de ses parents, il la prenait pour acquise. Mais comme souvent, c'était un léger doute qui avait brisé cette prison. Un doute innocent auxquels ses parents avaient été incapables de répondre : si le monde avait été créé par Dieu, et que la Bible racontait l'histoire de l'homme depuis la création du monde, alors pourquoi ne parlait-elle pas de la cohabitation avec les dinosaures ? Ses parents avaient toujours évité ce sujet : c'était suspect. Un simple doute avait donc suffi à briser.
Mais avait-il besoin d'aller aussi loin dans sa pensée ? Parce qu'il quittait un extrême, Rutherford avait senti le besoin d'aller dans les extrêmes opposés. Ses parents incarnaient l'ordre, il serait le désordre. Ses parents étaient des soutiens du capitalisme, lui serait communisme. Et ainsi de suite.

La fois de trop. Le jour où Rutherford ramena son petit-ami à la maison.
« Salut, qu'est-ce qu'on mange ? » demande Ruth en piquant une orange dans la corbeille à fruits.
Sa mère saisit son poignet au vol et lui récupère l'orange. Cent fois, elle lui a dit de ne pas manger de fruits avant les repas, mais Ruth n'écoute pas. Il considère que l'homme doit suivre son rythme biologique naturel, et donc manger lorsque la fin se fait ressentir. Toutefois, s'il veut manger de bons plats de temps à autres, Ruth est obligé de se conforter au rythme des êtres humains. Malgré tous les défauts que l'on peut trouver à sa mère, elle est un véritable cordon bleu, et Ruth ne pourrait pas se passer de sa cuisine, il le sait. Mais il a faim, il veut donc manger une orange pour patienter.
« Du sauté de porc. » répond-elle tandis qu'elle remet l'orange dans la corbeille et retourne à ses fourneaux.
Olfactivement, Ruth n'a pas le nez assez fin pour savoir ce qu'elle prépare. Il sait simplement que cela sent bon. Il renifle un peu pour sortir les effluves qui sortent de la marmite. Le fumet de viande est délicieux, il en salive déjà.
« Ça te dérange si j'invite quelqu'un ? » demande-t-il brusquement.
Sa mère ne dit rien. Dans la famille, on prépare toujours plus que nécessaire, au cas où le nécessiteux viendrait frapper à leur porte. Cela n'arrivait jamais, pas dans l'Amérique actuelle, mais la tradition s'était perpétuée. Il y a donc toujours assez de nourriture pour accueillir une ou deux personnes de plus. Le surplus est ensuite donné aux chiens de la maison. Voilà pourquoi elle ne dit rien : elle n'en a pas besoin. La famille est prête à accueillir des inconnus, alors pourquoi pas des amis. Son acquiescement est discret - à peine un hochement de tête -, mais Ruth part du principe qu'elle a accepté.
« Ok, il sera là à midi. »
Sauf qu'à midi, les parents s'étranglent en voyant leur invité :
« C'est quoi, ça ? » demande de façon très impolie le père en voyant le drôle de duo qu'ils formaient.
Le jeune homme ne dit rien, visiblement habitué à ce type de comportement. Il les prend de haut, c'est évident : pour lui, les parents de Ruth valent à peine mieux que des cochons bien roses. Ruth prend un malin plaisir à répondre :
« On dit qui, papa, quand on est éduqué. Cet homme s'appelle Charles, et pour votre information, c'est mon petit-ami. »
La mère manque de tourner de l'œil. Cela faisait bien trop d'informations à assimiler. Un Noir dans sa maison, l'homosexualité... autant de thèmes qu'elle rejette avec la plus grande ferveur. Le père Klive entre dans une rage noire. En comparaison, la scène qu'il avait fait au bar était douce.
« J'espère que tu plaisantes... » dit-il, menaçant.
À son ton, Ruth comprend que s'il ne se rétracte pas, son père va devenir violent. Il sait qu'il est allé trop loin, mais il en a assez de tout cela. Il trouve du réconfort dans le regard de Charles, avec qui il a engagé ce combat. Ils ne s'aiment peut-être pas, mais ils ont la même envie de révolutionner la société. Ruth sait bien qu'il lui ressemble bien plus que ses parents ne lui ressemblent.
« Non, je suis sérieux. On ne peut plus sérieux. »
Le père frappe la table tandis que la mère pousse un cri perçant. Ruth ne bronche pas. Il est sérieux, pour une fois, il ne déconne pas. Il n'a jamais été aussi sérieux, et il serait prêt à se battre pour prouver qu'il a raison. Charles non plus ne laisse pas échapper la moindre réaction.
Le père se calme subitement. La tension monte. Il a pris sa décision. Il ne la regrette pas. La mère aussi devient grave. Elle ne laisse pas échapper la moindre larme, parce qu'elle a pris exactement la même solution. Ils sont ensemble parce qu'ils sont faits l'un pour l'autre et qu'ils sont sur la même longueur d'ondes. En contrepartie, aucun d'eux n'hésita à renier un fils qui ne voulait pas rentrer dans le rang.
Ils s'entendent si bien que c'est la mère qui énonce le verdict, qui tombe comme un couperet.
« Sors. »
Un seul mot suffit à mettre fin à leur existence commune. Ruth accepte le verdict avec un calme olympien. Il savait avant de venir qu'il finirait pas partir, et s'il n'avait pas été mis à la porte, il serait parti de lui-même.
« Laissez-moi le temps de faire mes valises. » annonce sèchement Ruth.
Il laisse Charles seul avec ses parents, qui refusent de lui parler ou même de le voir. Il monte ranger ses affaires, redescend, appelle Charles, abandonne ses clés devant la porte, et sort sans un au revoir.

Rutherford avait rencontré Charles quelques années plus tôt, alors qu'ils étaient au lycée. S'il n'avait jamais été question d'amour entre eux, ils s'étaient très vite sentis proches comme des frères. Ils avaient exactement les mêmes idées. Et pour être honnête, la rupture de Rutherford avec sa famille avait été accélérée par Charles, qui l'avait poussé à remettre en cause le système. C'est pourquoi, logiquement, il leur avait semblé nécessaire de se mettre en couple, un acte politique parfaitement assumé. Ils avaient également été les premiers à protester contre la guerre du Vietnam, dès 1955, et participaient aux manifestations parfois violentes des communistes américains. Et même si McCarhy n'officiait plus, il n'était pas bon être communisme. C'était en partie cette raison qui avait poussé Rutherford à soutenir le communisme. Mais aussi parce qu'il aimait bien cette idéologie.
« Je serai prolétaire » affirmait souvent Rutherford. À dix-huit ans, il était expulsé de chez lui. La perte du soutien financier de ses parents ne le dérangeait pas vraiment : il ne voulait pas faire d'études, mais aller travailler. Et plus précisément, travailler comme ouvrier, puisque les ouvriers étaient les prolétaires les plus nobles.
Charles l'hébergea quelques temps, mais bientôt, leur situation devient rapidement instable. Ils étaient l'objet d'attaques fréquentes de la part des populations conservatrices. Pire encore, il devenait impossible de trouver du travail : dans les petites communautés, la pression du groupe était assez forte pour permettre aux habitants de faire pression sur les employeurs. S'ensuivit alors la première dispute entre Rutherford et Charles. Le second voulait rester afin de continuer le combat, mais Rutherford, peut-être moins déterminé, préférait partir. Son choix de ville déplaisait fortement à Charles, mais Rutherford voulait être libre. Il ne devait donc laisser personne décider pour lui.

Il aurait pu devenir un petit communiste mal aimé dans sa communauté de la Bible Belt. Au lieu de ce destin, Rutherford choisit de devenir un original dans la cité de Las Vegas.
Il affirmait être toujours communiste, mais comment être sûr ? Rutherford ne voulait plus laisser personne savoir qui il était vraiment. L'argent se dilapidait à une vitesse ahurissante : lui voulait le brûler à petits feux. Il voulait renverser les élites, instaurer une égalité entre tous et abolit la loi. Il ressentait une petite tentation anarchiste à Las Vegas. Il voulait se brûler à petit feu, lui aussi.

À son arrivée, il pleuvait. Pourtant, les trottoirs restaient bondés, car en ville, il fallait toujours se rendre d'un point à un autre.
« Tu m'invites, beau gosse ? » demanda une jeune femme trop fardée et trop court vêtue.
Elle devait avoir froid, mais elle s'efforçait de paraître brave et séduisante. Rutherford ne la trouva pas belle du tout, mais il comprit qu'il était entré dans un autre monde :
« C'est donc cela, la liberté ? » dit-il en souriant joyeusement.
Elle se méprit sur sa question :
« La liberté, c'est faire ce qu'on a envie, non ?
- Ouais, peut-être. » admit Ruth, comme s'il n'était pas sûr.
Il ne rajouta rien, se contentant de reprendre sa marche comme si elle n'existait plus. Elle lui cria dessus pour essayer d'attirer son intention, mais c'était déjà trop tard : Rutherford ne l'écoutait plus.

Il entre logiquement dans un bar. Je dis logiquement, puisque c'était là qu'avait commencé notre histoire. Pour débuter un nouveau cycle, il faut emprunter le même point de départ. L'atmosphère est enfumée et tendue : des transferts d'argent importants se jouent ici. L'ambiance n'est pas aussi bon enfant qu'au Texas, et cela aurait pu impressionner Rutherford, seulement voilà : il n'est plus le même. Il n'a plus seize ans, il en a dix-neuf, et ces trois années de différence changent la donne. Auparavant, Ruth se laissait entraîner par les buveurs et devenait leur objet de divertissement ; désormais, Rutherford voulait laisser sa marque, son empreinte sur ces lieux. Que les gens sachent qu'il est arrivé en ville. Qu'ils retiennent son nom et son visage. Qu'on parle de lui. Tel est son objectif.
Il commande un verre pour l'allure, mais il ne le boira pas. Il remarque deux hommes qui parlent à voix basse. Autour d'eux, les autres clients observent scrupuleusement leurs réactions. Ici, ce sont ces deux-là qui font la loi. Pas besoin d'en savoir plus : Rutherford se dirige vers eux et leur demande s'il peut se joindre à eux. Ils regardent le gringalet blond et ne le prennent pas au sérieux. Ils le considèrent comme un bouffon, et cela tombe bien, car c'est exactement ce que Rutherford veut qu'ils pensent de lui. Il prend une chaise, s'installe, et remarque que leur si intéressante conversation s'est arrêtée au moment où il s'est assis. Il en fait la remarque, bien sûr, mais les deux rivaux se mettent d'accord et affirment tout deux que leur discussion n'était pas importante. Ben voyons. Rutherford change de sujet :
« Alors, lequel de vous deux m'embauche ? »
L'étonnement qui se lit sur le visage des deux hommes est inimitable : Rutherford le savoure en leur adressant le plus beau sourire qu'il a à sa disposition. Il a déjà compris qu'il vient de trouver sa voie.
L'un demande :
« Ça dépend, tu sais faire quoi ?
- Rien. Je sais juste parler, mais je peux apprendre. »
Il est insatisfait de cette réponse. L'autre en profite :
« Fais tes preuves. »
Il sort un couteau, une lame ouvragée que seuls les bourgeois imbus de leur propre personne peuvent posséder, que Rutherford saisit sans avoir l'air impression. On croirait qu'il a tenu des armes toute sa vie, alors qu'il s'agit en réalité de la première fois. La situation l'amuse plus qu'il ne devrait.
« Bute l'un des hommes dans la salle. Si t'arrives à tuer un de mes hommes, je t'engage. Si c'est l'un des hommes de Rick, j'pense qu'il t'engage aussi. » Hochement de tête dudit Rick. « Si tu rates ton coup, c'est toi qu'on bute, compris ? »
C'est un bon deal, pense Rutherford. Les hommes de main dans la salle sont très certainement des tueurs expérimentés. Arriver à en tuer un serait vraiment exceptionnel. Assez pour convaincre Rick et son collègue de prendre un débutant sous leur aile.
Sauf que Ruth n'a pas l'intention de s'engager. Tout ce qu'il veut faire, c'est s'amuser un peu. Il se rend compte que la situation devient tendue, et que tout se noue plus rapidement qu'il ne l'avait prévu. La prochaine fois, il devra tenir compte de ce facteur. Mais il ne montre rien de l'ennui qui s'empare de lui. Après tout, n'oublions pas qu'il a l'intention de s'en sortir en vie.
« Hum, dit-il en se levant et en se dirigeant vers l'un des gros bras de la salle. J'ai intérêt à bien choisir. »
Ruth fait semblant de choisir sa proie. Il observe les hommes les uns après les autres. Même lui, qui pourtant a un comportement provocateur, doit reconnaître qu'ils font froid dans le dos. Il comprend que le temps lui est compté : l'amical rival de Rick commence à taper des doigts contre la table pour lui faire perdre patience. Il en faut plus, bien sûr, pour déconcentrer Ruth.
Insensiblement, il s'est rapproché de la porte lorsqu'il annonce :
« Je vais faire un lancer de couteaux. Messieurs, veuillez ne pas bouger pour me donner une chance. »
L'assemblée ricane, mais Rutherford lance déjà le couteau... vers le bar, où il ne risque pas de toucher quelqu'un. Son tir est maladroit et aurait provoqué l'hilarité des hommes de main... si Ruth n'avait pris ses jambes à son cou et disparu avant qu'on puisse l'en empêcher. Cette plaisanterie douteuse laisse sceptique les hommes de main : les chefs tardent à leur ordonner de le poursuivre.
Mais c'est déjà trop tard : Ruth court vite et est hors de portée.
Son verre est vide. Personne ne saurait dire comment il a été vidé.

S'installer, s'engager, commencer une nouvelle vie : tels furent les premiers objectifs que Rutherford se fixa à son arrivée à Vegas. Rester indéfiniment à l'hôtel ne lui plaisait pas, et en plus, cela coûtait cher, il chercha donc rapidement un appartement. Il trouva cependant un travail plus rapidement : un poste d'ouvrier dans les usines de montage de Freisler Industries. Le poste lui convenait parfaitement, puisqu'il était adapté à une personne sans qualification comme lui. L'ouvrier incarnait l'essence même du prolétaire : exactement ce qu'il recherchait. D'accord, c'était plutôt ennuyeux, d'actionner des machines toute la journée du même geste répétitif, mais la vraie vie, c'était le travail pénible et douloureux. Il aimait bien se sentir cassé le soir.
Bien sûr, ce ne fut pas la seule occupation que Ruth se trouva. Son temps libre, et parfois même son temps de travail, furent consacrés à son propre amusement. En la matière, Rutherford était un maître. Son seul objectif était d'apporter le désordre partout où il passait. Il enchaînait les bêtises, en prenant bien soin de ne pas tomber dans l'illégalité – cela aurait mis trop facilement à sa carrière.
Mais il est une règle que Rutherford voulut appliquer à la lettre : rester indépendant. Il ne fallait surtout pas empiéter sur le territoire d'un gang, nuire aux affaires d'une entreprise rentable, ou plus simplement prendre le risque de représailles sérieuses. Et croyez-moi, cette limite fut ce qu'il préférait dans sa vie. S'imposer des règles impossibles à suivre, finalement, n'était-ce pas mieux que cette liberté anarchiste que Rutherford prônait ?
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Dahlia E. Rothschild
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Re: Le capitalisme, voilà l'ennemi. -complet- rédigé Ven 1 Mai - 11:15


OH. TON STYLE D’ÉCRITURE. JE. JE CROIS SAVOIR QUI TU ES. WSDGDFGDXFH.
#grosseeuphoriederetrouverdesgensdesonproprefo'.

peut-être que je me trompe, sinon bah, je plore.
BIENVENUE ICI. LOVE. ♥


la reine s'esclaffe en #E04948
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Marcel
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pouvoir : amnésie rétrograde kya ^^
citation : « tu te prends pour qui de parler de kilari comme ça » « pk tan 2 n »
jukebox : aoba rap / uta no prince 1000% maji love enidng 01
crédit : ©phoenixtamer

recruteur d'hélios
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Re: Le capitalisme, voilà l'ennemi. -complet- rédigé Ven 1 Mai - 11:28


Bienvenue Rutte
Bon, autant être concis dès le début : ta fiche est parfaite. Sublime. Voilà. Enfin quelqu'un qui parle de la ségrégation, des communistes, de la guerre du Vietnam qui massacrait les civils et qui faisait des émeutes pas possible à l'époque ainsi que de la religion, avec les termes corrects & tout. Puis Rutte est un brave type, je l'aime même s'il ressemble à un shota babtou. Il va foutre un bordel pas possible aux gens c'est génial-

J'AI HÂTE DE LE VOIR EN RP.
PLEINS D'AMOUR


ÇA NIQUE LALA
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Sai Yamada
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I AM ABSOLUTE
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feat. : Akashi Seijurō (KNB).
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pouvoir : berserker; décuple sa force et son endurance au détriment de ses capacités de défense.
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Re: Le capitalisme, voilà l'ennemi. -complet- rédigé Ven 1 Mai - 12:10


J'avais promis que je ne posterai pas dans ta fiche, mais après avoir lu ton histoire, je ne peux pas m'en empêcher. Tu m'as encore soufflée avec tes idées merveilleuses et la façon dont tu les présentes. Comme Marcel, je pense que tu as un personnage super abouti et qui respecte bien la période, et j'espère que tu es toujours d'accord pour prendre un rp avec moi car j'aime Ruth. I love you  (et j'aime Miwa aussi, ça va sans dire, il a un côté tellement peu sérieux et en même temps il peut se montrer profond, il va vraiment bien avec Ruth et on s'fera des parties de Vanguard irp même si ça n'existait pas à l'époque)


UN JOUR IL Y AURA UNE SIGNATURE ICI. SI SI. JE TE JURE.
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Swan Kendall
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Re: Le capitalisme, voilà l'ennemi. -complet- rédigé Ven 1 Mai - 18:02


validation !
――félicitations ! ――

yoyoyo ♥
alors franchement même si j'avais un peu peur de la longueur de ta fiche finalement j'ai adoré ! c'est super bien placé dans le contexte ça fait super plaisir. à part ça le caractère de ton personnage m'a fait rire, rien à redire. amuse-toi bieeeen. ♥


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Le capitalisme, voilà l'ennemi. -complet-

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